• Marine

Expatriation temporaire : la belle aventure du PVT Canada



Nous sommes nombreux à le vivre, pourtant, faire le choix de vivre dans un autre pays n’est pas si anodin ! Pour ma part, c'était un projet de couple donc nous sommes partis à deux. L'envie nous a pris lors d'un voyage aux États-Unis pendant lequel nous avons fait face à notre niveau d'anglais, une cata ! Il y a un an et demi, nous prenions la décision de nous lancer dans les démarches pour obtenir un permis travail au Canada. Il y a 7 mois, nous étions dans l’avion vers de nouvelles aventures sans vraiment savoir dans quoi on s’embarquait. Je vais donc vous parler des points clés de cette expatriation (selon moi) à m+7.


Réapprendre tout : langage, culture, habitudes et sortir de sa zone de confort


S’envoler pour vivre à l’étranger c’est un vrai challenge, surtout lorsqu’on ne parle pas bien la langue. Je regrette maintenant d'avoir été si mauvaise en cours d’anglais et de ne pas avoir capté plus tôt l’importance de savoir parler cette langue quasi universelle. Et oui, toute interaction devient plus complexe d'un coup. On est encore loin des discussions à refaire le monde en anglais ! Partir ne fait pas tout le travail, il faut se forcer à pratiquer pour progresser. Quand on est réservé et qu'on part en couple à l'étranger, on cumule un peu les difficultés pour y arriver. Mais c'est aussi un bon moyen d'en savoir plus sur une culture différente de la nôtre. On se heurte parfois à des incompréhensions, à des faux pas avec les locaux. Il nous arrive même de ressentir de vrais moments de solitude à cause de la langue et de la culture différente.


C'est un bon moyen de remettre ses valeurs en question et d'en apprendre un peu plus sur nous. Rien de tel que de s'ouvrir à d'autres façons de voir les choses pour évoluer. Parfois, cette expérience sera l'occasion de réaliser que vous ne partagez pas forcément les mêmes attentes que les locaux et que la culture ne vous convient pas. Ce qui est globalement mon cas avec la culture canadienne anglophone. Ici, je pourrais parler franglais que tout le monde me dirait que mon anglais est "amazing". C'est sympa d'être gentil et de voir les efforts mais parfois, l'évidence fait que le compliment perd un peu de son sens. Ce n’est pas forcément aider quelqu’un de toujours lui dire qu’il fait bien et qu’il n’a rien à améliorer. Ce n'est que mon avis, d'autres aiment beaucoup cette façon d'aborder les choses.


Redémarrer à zéro : chercher un travail, un logement, faire les démarches administratives


Chercher un travail, pour ceux qui travaillent depuis plusieurs années, c’est se remettre dans l’inconfort de la recherche. Réapprendre à préparer un CV et se vendre lors d’un entretien. D’ailleurs là-dessus, il faut aussi se mettre à niveau sur les techniques de recrutement et d’entretien du pays. Elles peuvent être bien différentes de ce qu’on connaît. Ensuite, il faut chercher un logement pour ne pas rester éternellement dans une auberge de jeunesse qui coûte cher (la nôtre n'avait même pas de cuisine, obligés d'acheter à manger chaque jour).  On réalise quand on pose nos valises dans son nouveau chez nous à quel point ça fait du bien d’avoir un toit, même petit soit-il. Déballer ses valises, pouvoir faire une machine et préparer à manger devient un confort de dingue alors qu’avant c’était « normal ».


Ensuite, il faut se lancer dans la partie palpitante de l’administratif pour pouvoir être autorisé à travailler dans le pays. Puis acquérir un numéro de téléphone local pour être joignable par les employeurs. Oui, c’est beaucoup mieux d’avoir un numéro local car ils ne peuvent parfois pas appeler les numéros internationaux. On a l’impression de reconstruire sa vie de A à Z, et petit-à-petit, elle prend forme. Il faut aussi se créer de nouveaux repères : les lieux de courses, les produits qui sont différents, les associations, les adresses et numéros liés à la santé. Nous avons sollicité des associations francophones pour mieux comprendre le fonctionnement du pays et de la ville. Cela nous a bien aidé pour nos débuts à Vancouver.


Accepter que tout n'est pas comme nous l'avions imaginé


Il y a quelque chose de particulier quand on décide de vivre à l’étranger. On part souvent en ayant des attentes en tête et/ou une envie de quitter quelque chose qui ne nous plait pas. Le risque est bien sûr d'idéaliser la destination et la nouvelle vie dans ce nouveau pays. On se renseigne beaucoup avant de partir sur des blogs et des retours d'expériences. Souvent, tout est réunit pour nous donner envie de partir : photos de rêve, activités de dingue, découvertes... Tout ce qu’on voit à l’air plutôt pas mal et semble nous donner toujours plus envie de partir.


Une fois sur place, on s’intègre à des groupes Facebook de français à l’étranger pour avoir accès à de nombreuses questions pratiques et aux réponses qui peuvent nous être très intéressantes. Sur ces groupes, on trouve beaucoup de témoignages positifs mais très peu négatifs. J’ai réalisé cela en lisant un jour un message posté par une membre très gênée d’oser poster un message demandant si d’autres personnes se sentaient mal et seules. J’ai réalisé qu’on ne parlait pas souvent des mauvaises expériences. Je ne parle pas des difficultés rencontrées dans la recherche de logement ou de travail mais celles qui parlent des ressentis. Après ce message, tout plein de commentaires fusèrent de personnes dans le même cas. Ils se sentaient mal de ne pas apprécier une aventure que "tout le monde aime". Et oui, partir n’est pas toujours facile. J’ai moi-même réalisé que je vivais une belle expérience mais que je ne souhaitais pas rester ici plus longtemps que les deux ans auxquels j’avais droit.


Tout n'est pas facile, parfois, nous n'avons pas le travail qu'on aimerait, on vit dans une colocation avec des personnes qu'on ne connait pas alors qu'on avait un confort énorme avant de partir. On est loin de nos familles, nos amis et le décalage horaires rend les contacts plus difficiles. Le travail fait que nous ne pouvons pas passer notre temps à voyager (et ce n'est pas forcément le seul objectif). La barrière de la langue et la culture rendent difficile d’entretenir des liens avec les locaux et se de créer un nouveau cercle social. Il y a des moments où je me suis dit, peut-être qu’un an c’est suffisant. Il ne faut jamais idéaliser les retours et expériences de chacun. Surtout qu’on ne montre souvent que le beau côté des choses. En fait, tout ce qui était facile en France nous demande plus d'énergie ici. Échanger avec des personnes qu'on croise, se faire comprendre chez un médecin ou garagiste. Se renseigner sur le fonctionnement ou la composition de quelque chose. Rien est simple, ou tout est plus compliqué.


Élargir sa façon de voir le monde : se heurter à des différences de valeurs et en tirer des conclusions


J’ai parlé de quelques aspects négatifs mais du coup, est-ce que j’encourage les gens à partir quand même ? Un grand OUI. J’apprends énormément sur moi, sur ce que j’ai envie ou non. Ça ne répond pas encore à toutes mes questions mais ça me permet de prendre vraiment du recul sur une vie qui était déjà bien installée et très simple en France. Il me suffisait de suivre la ligne directrice qui était tracée d'avance. Après le diplôme on commence un travail, on achète une maison et on démarre une vie de famille. D'ailleurs on a vraiment failli acheter une maison quelques mois avant de prendre la décision de partir ! Comme quoi les envies et les projets peuvent changer vite. En fait, nous sommes contents de prendre ce temps-là pour nous et pour découvrir de nouvelles choses. Nous avons envie de revenir en France avec des idées et des envies plus en adéquation avec ce que nous voulons.


J’ai réalisé que beaucoup de choses dans mon mode de vie ne me correspondaient plus. Refaire les mêmes erreurs ici m'a fait réaliser que je devais changer. Il me fallait m’éloigner de mes habitudes et prendre le temps d’y penser vraiment pour le réaliser.


Se rendre compte que tout est possible : nous ne sommes pas indispensables en et nous pouvons choisir ce que nous voulons faire


Quitter un travail, vendre un logement, ses meubles et ses affaires : quel bien fou. Se détacher de tout son confort matériel nous ouvre les yeux sur beaucoup de choses ! Un truc top à savoir et qu’on oublie parfois, c’est que nous ne sommes pas indispensables. Je pense notamment au travail. Combien de fois j’ai par exemple hésité à demander des vacances car cela faisait trop ou alors ce n’était pas la bonne période. En fait, je me prenais plus la tête qu'autre chose, on n’est pas indispensable. Si pour telle ou telle raison on quitte notre travail, je vous assure que la terre ne va pas s’arrêter de tourner et que d'autres horizons vont s'offrir à nous. Partir, c’est aussi se montrer qu’on peut choisir ce qu’on veut faire dans la vie. Tout quitter, se réveiller, et sentir que l'essentiel n'a pas changé. J’avais l’impression de devoir faire carrière dans les Ressources Humaines car j’ai un diplôme dans ce domaine. Ici, je fais des petits boulots qui m’apportent beaucoup et me font me rendre compte que nous ne sommes pas arrêtés à notre formation. Celle-ci peut aussi nous servir pour travailler dans d’autres domaines. En fait, cette expérience nous donne de nouvelles perspectives.


Et vous, avez-vous le projet de partir ? L'avez-vous déjà fait ? Que retenez-vous de cette expérience ?


@Marine