• Marine

« Fast Fashion » : quand changer son regard sur la mode devient une priorité



Nous avons tous dans un coin de notre tête, conscience que la mode est l’une des industries les plus polluantes au monde, la deuxième après l’industrie pétrolière. Mais avons-nous un jour pris le temps de se renseigner et de se poser les bonnes questions sur le sujet. Les collections de vêtements défilent en fonction des saisons, mais pas seulement. Certaines enseignes sortent de nouvelles collections chaque semaine à des prix toujours plus compétitifs, nous permettant de pouvoir consommer plus. Mais comment est-ce possible d’acheter un jean à 20€ ou un pull à 10€ (qui seront probablement soldés un jour à -75%) alors que nous savons qu’ils ont déjà traversé le monde entier pour arriver dans nos magasins préférés.


Des usines délocalisées


On le sait tous, rares sont les vêtements que nous achetons et qui ont été confectionnés en France. Si nous nous penchons sur nos étiquettes, la quasi-totalité des vêtements que nous portons nous arrivent tout droit du Cambodge, de la Chine, de l'inde ou encore du Bangladesh. En fait, ce sont tous des pays ou la main d’œuvre est très peu chère, où les conditions de travail sont très peu réglementées et où le bien-être des salariés est loin d’être considéré (déjà bien loin de travailler dans des conditions sécuritaires).


Il aura fallu de nombreux drames pour commencer à sensibiliser les acteurs de la mode sur les conditions de travail des ouvriers du textile, malheureusement, nous sommes encore très loin d’une situation acceptable. L’un des évènements les plus marquants de la dernière décennie : une manufacture de huit étages s’est écroulée, faisant plus de 1000 morts (Rana Plaza, 2013). Cet événement est très souvent repris dans les articles qui souhaitent remettre en cause la « fast fashion », aussi appelée « mode éphémère ». Effectivement, c’est le résultat du manque d’attention accordé aux conditions de travail des ouvriers du textile dans ces pays. Les accidents peuvent arriver partout, mais celui-ci était prévisible. Les ouvriers avaient remonté les fragilités apparentes du bâtiment peu de temps avant le drame, sans qu’aucune décision ne soit prise pour les protéger. Et quand il faut survivre, pas question de renoncer à un travail, même s’il faut prendre des risques parfois élevés.


Des conditions de travail catastrophiques


Nous avons tous entendu parler de ce problème et même si les grandes enseignes tentent de s’intéresser aux conséquences de leur activité sur les hommes et l’environnement, le rythme effréné des nouveaux produits et les prix toujours aussi bas ne démontrent malheureusement pas une prise de conscience suffisante. L’apparition de gammes de produits responsables au sein des enseignes peut parfois nous donner le sentiment que les choses avancent, peut-être même que c’est le cas. Tout pas en avant est bon à prendre. Mais ces acteurs de la mode n’en restent pas moins des acteurs de la surproduction et de l’incitation à la surconsommation, au détriment de plein d‘autres choses. Certaines enseignes ont même refusé de payer les factures de leurs fournisseurs en raison des difficultés économiques liées au coronavirus, derrière, les plus impactés sont les milliers de travailleurs payés des salaires très faibles dans les usines de confection.


Des salaires très faibles ? Les marques répondront qu’elles respectent le salaire minimum du pays. C’est surement le cas. Mais cela signifie fermer les yeux sur le fait que les salaires minimums de ces pays ne sont pas suffisants pour pouvoir jouir d’une vie satisfaisante. Pour nous proposer des prix toujours plus bas, les marques cherchent à acheter des matières premières très peu chères, et il en est de même pour les coûts de confection. Par conséquent, cela n’incite pas les usines à augmenter les salaires de leurs salariés, d’autant plus qu’elles sont davantage tenues de respecter un minimum de sécurité au sein de leurs usines. La situation pousse certains ouvriers à vouloir faire remonter les problèmes liés aux conditions de travail auprès de leur direction, mais certains d’entre eux sont forcés à garder le silence sous la menace (ou pire).


Des conséquences dramatiques


En fait, si nos produits ne sont pas vendus cher, c’est que d’autres en payent le prix. Des journées affreusement longues à répéter des mouvements dans un rythme effréné pour gagner une misère. Le salaire ne permettant pas de se payer un moyen de garde pour les enfants, certains travailleurs sont contraints de les amener à l’usine, au milieu de textiles remplis de produits chimiques. De plus, je ne parle là que des usines de confection, mais le problème est le même sur les champs de coton. Certains enfants développent d’ailleurs des maladies graves liés au contact avec des produits dangereux ou à la consommation de ressources polluées. Malheureusement, la plupart n’auront pas la chance de pouvoir bénéficier d’un traitement ou d’une opération pour s’en sortir.


Et si on produit en France, comment vont vivre les travailleurs des usines dans ces pays ? Pour commencer, il est possible de produire en France mais il est aussi possible de sous-traiter à l’étranger dans de bonnes conditions et avec des matières de qualité. Aussi, l’industrie textile a créé une dépendance très forte des pays en développement, parfois au détriment de leur propre savoir-faire et de leur propre développement. Sous la dépendance de ces emplois et de ces revenus, les usines sont prêtes à négocier leurs coûts, et ça, les enseignes de la mode le savent bien. Au final, les usines acceptent. Il vaut mieux vendre à moins cher que de voir son client acheter à un concurrent. Mais comment une usine peut être rentable en confectionnant des produits à un prix très faible alors qu’il faut qu’elle paye ses salariés et l’entretien des locaux. Il n’y a qu’une solution. Exiger des cadences de production très rapides, des journées très longues en contrepartie de salaires très bas. Voilà ce qui nous permet à nous de pouvoir acheter plus de vêtements que de raison et à des prix défiants toute concurrence.


Que pouvons-nous faire ?


Nous le savons mais nous ne voulons pas toujours y penser ou prendre le temps de le faire. Nous avons participé à cette « fast fashion », que ce soit à l’occasion de sorties shopping seul ou entre amis, de bonnes affaires pendant les soldes, ou encore à l’occasion des fêtes. Aujourd’hui, nous prenons le temps de penser à tout cela et je pense que nous ne pouvons plus nous contenter de faire comme avant. C'est peut-être le premier article ou le 500ième que vous lisez à ce sujet, peu importe. Maintenant que vous avez l'information, avez-vous envie de revoir votre façon de consommer ? Chacun fera son propre chemin en fonction de sa réflexion et des valeurs qu'il souhaite défendre. Je pense qu'il nous faut revoir notre consommation tant sur la quantité que sur la qualité pour tendre vers une consommation plus responsable et consciente.


Qu'en pensez-vous ? Connaissez-vous des marques ou matières que vous affectionnez particulièrement ?


@Marine


Crédit photo d'article : Photo by Fernand De Canne on Unsplash