• Marine

Visiter la Corse différemment : randonner sur le sentier du GR20



Même en étant au Canada, je n’oublie pas que l’été 2020 des Français sera un peu différent des autres cette année. Ceux qui ont l’habitude de partir à l’autre bout du monde pendant les grandes vacances devront peut-être revoir leurs plans. Du coup je me suis dit qu’il serait intéressant de parler d’une aventure de vacances en France que je referai sans hésiter à mon retour en France.


Vous devez être nombreux à chercher où partir cet été. Aujourd’hui je vais vous parler de la Corse. Enfin, plus particulièrement du GR20. Je crois qu’il n’est pas nécessaire de refaire un topo sur l’île de beauté qui porte bien son nom. Entre mer turquoise et montagnes, pas la peine de partir à l’autre bout du monde pour être dépaysés avec des paysages de dingue.


La beauté attire, c’est sûr. Des millions de personnes vont chaque année visiter cette île méditerranéenne. Les lieux phares de l’île sont par conséquent très fréquentés. L'été, il est même difficile de trouver une place pour poser sa serviette sur les plages populaires du sud sans arriver à l’aube. Il est parfois préférable de se rendre en Corse en dehors de la haute saison, ou de choisir des lieux un peu plus sauvages. C’est aussi pour cette raison que l’on peut choisir de visiter la Corse en arpentant ses sentiers de randonnée. Si vous aimez les vacances sportives et le confort d’une tente en refuge, pensez à visiter la Corse de cette manière-là. Il existe plusieurs GR (grande randonnée) sur l’île comme le sentier Mare a Mare, Mare e Monti et le fameux GR20 dont je vais vous parler.



Commençons par le commencement, le GR20, c’est quoi ?


Le GR20, c’est un sentier de grande randonnée. Cela signifie qu'il offre la possibilité de randonner sur plusieurs jours. Pour la petite anecdote, le plus grand sentier de randonnée au monde se trouve au Canada et parcours une distance de 24 000 km (oui oui, vous ne rêvez pas). Ce qui veut dire qu’il vous faudrait 960 jours pour le parcourir en marchant 25 km par jours (ce qui pourrait être un de mes nombreux rêves).


Le GR20, c’est un sentier de 180 km traversant la corse en diagonale du nord-ouest jusqu’au sud-est entre les villes de Calenzana et de Conca. Il se découpe en 16 étapes et totalise un dénivelé positif global d’environ 11 500 mètres et un dénivelé négatif global de 10 200 mètres environ. Ce parcours est couramment effectué du nord vers le sud, mais il est possible de le faire dans l'autre sens.


Il est possible de le faire en entier, à moitié, ou de ne faire que quelques étapes. Bref, vous pouvez adapter le GR20 à vos envies, votre disponibilité et à votre condition physique. Beaucoup de personnes décident de n'en faire qu'une moitié : la partie nord ou la partie sud. La partie nord s’étend de Calenzana à Vizzavona et la partie sud de Vizzavona à Conca. Vizzavona est en effet un point clé du GR20, il marque le passage d’une partie à l’autre du sentier mais c’est aussi l’endroit où il est possible d’arriver ou de repartir vers d’autres villes par le train. C’est pour cette raison qu’il est facile de commencer ou de terminer son GR à Vizzavona.


La partie nord est souvent réputée plus difficile. C’est effectivement la partie où l’on trouve les dénivelés les plus importants mais aussi les passages les plus techniques. C’est pour cette raison que certaines personnes préfèrent commencer par la partie sud avant de se lancer sur la partie nord.


Combien de temps faut-il prévoir ?


La priorité est de prévoir le nombre de jours suffisants pour aller à votre rythme et ne pas avoir à vous mettre en difficulté par manque de temps. Nous avons vu plusieurs personnes fatiguées voire blessées, repousser les limites et prendre des risques pour ne pas rater leur avion tout en allant au bout de ce qu’ils s’étaient fixé.


Je préfère toujours prévoir large plutôt que l’inverse. Je recommande de prévoir une étape par jour sachant qu'il est possible de décider le moment venu de doubler ou tripler des étapes. « Doubler » ou « Tripler » sont des mots que vous entendrez souvent sur le sentier. Cela signifie que vous réalisez 2 ou 3 étapes dans la même journée. Si vous finissez avant la date prévue, vous pourrez terminer votre séjour en vous prélassant sur une belle plage à l’arrivée.


Vous n’êtes pas à l’abri des intempéries. Nous avons notamment vécu un gros orage avec de fortes pluies. Tout le monde devait rester au refuge le temps que la tempête se calme. Cela peut vite vous faire perdre 1 à 2 jours sur votre planning.


Quel niveau de randonnée faut-il avoir pour faire le GR20 ?


Cette question, je me la suis posée de nombreuses fois. Le GR20 est souvent décrit comme le GR le plus dur ou le plus dangereux d’Europe. Rien que ça, c’est un peu impressionnant. Vous aurez plein de discours différents. Les personnes qui sous-estiment ce GR vous diront qu’il est très dur, de même pour ceux qui veulent mettre en valeur le fait d’avoir fait le GR20 en vantant les difficultés de cette randonnée.


Le GR20 est une randonnée de montagne qui grimpe pas mal. Si vous avez des difficultés à faire certains mouvements nécessaires à la randonnée de montagne, si vous n'arrivez pas à tenir une randonnée en temps normal ou si vous avez le vertige, réfléchissez bien avant de démarrer le GR20. Faites un essaie sur une autre randonnée à la journée. Si vous avez l'habitude de randonner en vacances ou autre et que vous allez au bon rythme, il n'y a pas de raison.


J'écoute un peu trop les autres randonneurs et je me laisse impressionner par ceux qui me paraissent plus aguerris, c’est une grosse erreur. Certains vont avoir des difficultés sur un passage technique ou sur une étape en particulier alors que vous, vous ne verrez pas du tout la difficulté là-dedans et vice versa.


Il y a des variantes qui vous permettent de quitter le sentier à certains endroits du GR. Si jamais vous vous sentez en difficulté, prenez votre topoguide et regardez où il vous est possible de quitter le GR.


Comment se rendre au départ de la randonnée ?


Le départ ne se fait pas exactement là où vous allez atterrir où arriver sur l’île. Le village de départ, Calenzana, est accessible par bus ou par taxi depuis la ville de Calvi. Le bus vous amènera à Calenzana en 30 minutes pour le prix de 10€. Pour avoir des informations sur les horaires des bus il vous suffit de consulter ce site : https://www.corsicabus.org/busCalvi/CLY_Calenzana.html.


Beaucoup de randonneurs choisiront l’option du taxi. C’est l’option la plus rapide lorsqu’on souhaite rejoindre Calenzana au départ de l’aéroport de Calvi. Le taxi coûte environ 30€. Il faut savoir que tous les taxis s’aligneront sur un prix commun, vous pouvez essayer de négocier mais, en général, ça ne marche pas (ou peut-être serez-vous meilleurs que nous en négociation !). L’avantage du taxi c’est que vous pouvez diviser les coûts, en plus de gagner de l’énergie et du temps. Si vous partez au printemps ou en été, vous ne serez probablement pas seul à vouloir rejoindre le GR20 à la sortie de l’avion. Les randonneurs recherchent en général des partenaires de taxis pour réduire les couts. Vous pouvez donc prévoir un peu de monnaie sur vous, cela facilitera les choses à votre arrivée. De toute façon, vous aurez besoin de liquide sur le GR20 !


Que faut-il penser avant de partir ?


Le poids du sac


Pour préparer votre sac n’hésitez pas à faire une liste par catégorie : manger, se laver, s’habiller, se soigner, appareils numériques. Faire une première liste et la faire évoluer pour vraiment ne garder que l’essentiel, ce dont vous aurez vraiment besoin. Le poids de votre sac sera très important dans votre réussite et votre plaisir sur le sentier. A titre indicatif, le poids idéal serait de 13kg pour un homme et 10kg pour une femme. C’est dur à tenir !! Pour notre première fois, Adrien avait 19kg et j’avais 15kg. C’était beaucoup, c’était trop ! La deuxième fois, nous avons fait mieux mais encore au-dessus de ce qu’il faudrait. Ne pas oublier de prendre en compte le poids de l'eau que vous devrez supporter.


La santé


La crème solaire est généralement un indispensable. Nous avions aussi du paracétamol, un désinfectant, des pansements, un baume du tigre et une bande de contention réutilisable. De quoi tenir jusqu'au prochain point de vente si besoin. Tout cela n'est pas obligatoire mais lorsqu'on en a besoin, on est content de les avoir. C'est à vous de juger. Pour notre part, tout nous a déjà servi !


L'hygiène


Ne prenez que ce que vous allez utiliser. Il existe des savons solides qu’il est possible d’utiliser pour se laver le corps et les cheveux, les dents et les vêtements (jackpot !). Nous n’avions pas acheté ce savon multi-usages mais nous le ferons à coup sur la prochaine fois. C’est vraiment l’idéal pour ne pas avoir à porter trop de produits. Idéalement, prenez-le en solide, ça évite les emballages et ça prend moins de place dans le sac. Si vous partez à deux ou plus, vous pouvez partager les choses à porter ! Sinon, il vous faudra encore plus optimiser ce que vous emporter.


L'argent


Prévoyez de l'argent en liquide. Les refuges ne prennent pas la carte et les distributeurs se font rares sur le GR20, euh… ils sont même inexistants à ma connaissance. Nous étions persuadés pouvoir retirer en arrivant à Vizzavona puisque c’est tout de même un village assez « grand ». Figurez-vous que non. Il faut se rendre à Corte par le train pour retirer.


Prévoyez large pour ne pas vous priver si vous avez envie de quelque chose dans les refuges. Si vous partez avec votre tente, vous devrez payer entre 5€ et 7€ par personne pour dormir en refuge. Si vous louez une tente au refuge, il faut compter une dizaine d’euros en plus. Il est possible de consommer boissons et nourriture dans les refuges, mais il faut payer en liquide.


L'eau


Sur la plupart des étapes, il ne vous sera pas possible de vous réapprovisionner en eau avant le prochain refuge. Il est donc essentiel de prévoir suffisamment pour ne pas avoir à vous préoccuper de votre consommation d’eau. Nous avions une poche de 3 litres chacun. Adrien finissait ses 3 litres à chaque fois. Je buvais moins, mais j’étais bien contente de porter du poids en plus pour m’assurer une quantité d’eau suffisante pour moi et Adrien. J’en profite pour vous faire penser à prendre une casquette ou autre pour vous protéger la tête.


Comment gérer la nourriture ?


Autonomie complète


Vous pouvez emporter votre réchaud, votre nourriture et tout le nécessaire pour cuisiner. Nous nous sommes posé la question de choisir cette option mais c’est encore beaucoup de choses à rajouter pour pouvoir cuisiner. Cependant, cela vous permet de manger chaud sans avoir à consommer au refuge. Les refuges ne sont parfois pas ouverts quand vous partez en randonnée et certaines personnes ont du mal à se passer de leur boisson chaude le matin.


Avoir des repas prêts à manger


Il s’agit d’emporter avec vous des repas qui ne nécessitent pas de cuisson. Par exemple, des repas ou salades en conserve. Ce ne sont pas des repas 3 étoiles, mais ce n’est pas forcément pire que le lyophilisé. Si vous optez pour cette option, prenez 3 ou 4 repas d'avance et réapprovisionnez-vous dans les refuges lorsque cela est possible. Sinon, les repas risquent de peser très lourd dans le sac si vous en portez beaucoup. Nous avons opté pour cette option pour nos repas de « secours ». Nous avions trois salades en conserve chacun et nous avons trouvé cette solution vraiment bien. Cela permet de pouvoir manger le midi lorsque nous n’avons pas eu l’opportunité d’acheter de quoi manger au refuge de la veille.


Acheter dans les refuges


Il est possible d’acheter à manger dans les refuges. Les prix sont plus élevés que la normale mais les approvisionnements des refuges sont parfois sportifs. Personnellement, j’accepte de payer un peu plus cher lorsque cela m’évite d’avoir des kilos en plus sur le dos. Ils proposent généralement des repas sous forme de menu pour le soir. Le prix du menu se situe souvent dans une fourchette de 20 à 25€. Il est aussi possible de consommer des snacks, repas rapides ou gâteaux préparés sur place. Par exemple, une omelette au fromage peut vous couter 8€ et une part de gâteau à la châtaigne environ 4€. Ce que nous faisions souvent, c’est acheter du pain avec du fromage. Cela nous permettait de ne pas payer trop cher tout en mangeant pour deux personnes le soir et le lendemain midi pendant la randonnée.


Utiliser les cuisines à disposition


Dans certains refuges, vous aurez la possibilité d’utiliser une cuisine et le matériel de cuisine mis à disposition. Généralement, les refuges équipés d’une cuisine vendent des produits à cuisiner, par exemple des pâtes et une sauce tomate. Dès qu’il nous était possible de faire ça, nous le faisions ! Manger chaud sans payer trop cher, c’est pas mal ! Sur le GR20, les pâtes à la tomate deviennent un plat de luxe et un vrai réconfort après une journée de rando.


Sachez que si vous faites le GR20 à la saison où les refuges sont ouverts, vous pourrez acheter sans problème à manger et vous réapprovisionner en barres de céréales et autres. Il n'est donc pas nécessaire de porter trop sur le dos.


Comment recharger ses appareils numériques ?


Le GR20 c’est un peu le summum de la déconnexion. Vous n’aurez pas de réseau partout et ça participe au charme de l’expérience. Néanmoins, on aime tous pouvoir donner des nouvelles à nos proches, faire quelques photos souvenir ou que sais-je. Il est donc important de penser aux solutions possibles pour recharger ses appareils. Il y a parfois la possibilité de les recharger dans les refuges. Certains vous feront payer la recharge un euro symbolique ou plus. Nous avions un appareil photo pour lequel nous avions apporté 3 batteries pleines. Et dès que nous étions dans un refuge avec la possibilité de recharger, nous le faisions.


Il est possible d'apporter une batterie externe pour recharger vos appareils. Si elle est solaire, cela vous permet de l'accrocher à votre sac pour qu'elle se recharge pendant votre marche. Ceci étant dit, vous pourrez recharger assez régulièrement dans les refuges donc ne vous prenez pas trop la tête.


Ce que j’apprécie sur le GR20


La convivialité


Si vous sympathiser avec des randonneurs qui avancent au même rythme que vous, vous les retrouverez dans les refuges le soir. Nous étions dans le sens nord-sud au rythme d'une étape par jour, du coup, ne retrouvions souvent les mêmes personnes dans les refuges. Vous pouvez donc tisser des liens avec d’autres personnes sympas. Nous avons fait de belles rencontres sur le GR20 et c’est quelque chose que nous aimons. Cela ne veut pas dire marcher ensemble, cela signifie que vous vous retrouverez à l'arrivée au refuge.


La déconnexion


Nous avons fait une partie du GR20 l’année dernière, juste avant de partir au Canada. Nous étions dans les démarches pour partir au Canada, nous vendions tout. Les discussions et réflexions étaient souvent autour de ce gros changement de vie. Du moment où nous avons posé le pied sur le GR au moment où nous en sommes partis, nous n'avons pas une seule fois parlé de tout ça. Sur le GR, nous parlons de l'essentiel : notre forme, la nourriture, le « confort », l’hygiène. Nous sommes tellement occupés à penser à l’essentiel qu’on oublie tout le reste. C’est génial et ça me pousse à vouloir continuer les grandes randonnées.


Les paysages


J’ai adoré le GR20. Vous rencontrerez tout un tas de paysages différents ! La mer au loin, la montagne, les pozzines, les rivières, les piscines naturelles... J'ai eu une préférence pour la partie nord qui est plus montagneuse que le sud. Certaines étapes du sud sont magnifiques, mais d’autres sont plus monotones. Cependant le sud a aussi de très belles choses à offrir, donc si vous hésitez entre les deux parties et que vous n’êtes pas sûr de vouloir vous attaquer au nord, faites le sud sans hésiter ! De plus, si vous vous sentez finalement à l’aise, il y a des variantes alpines qui vous offrirons de très belles randonnées !


+ Mes étapes préférées


Étape 6 : Elle nous offre de nombreux paysages différents comme les pozzines (attention aux cheveux, ils voulaient nous embarquer nos chaussures et nos sacs pendant notre pause), des piscines naturelles et des crêtes. C’est d’ailleurs une des étapes que je conseille si vous ne faites que quelques étapes du GR20. De plus, ce n’est pas une étape très technique.


Étape 7 : Nous avons adoré le moment où nous passons la brèche de Capitello et où on découvre les lacs de Melo et de Capitello. L’arrivée au refuge de Pietra Piana était aussi une belle surprise car nous avons pu dormir avec une vue géniale et manger des pâtes.


Étape 4 : Un peu exigeante mais j’ai aimé le paysage montagneux. C’est l’étape qui a été modifiée en raison du drame qui s’est produit dans le cercle de la solitude où passait avant le GR20. J’ai adoré le lieu du refuge de Tighjettu qui récompense l’arrivée et la fin de l’étape.


Mes 10 conseils pour bien vivre son GR20 :


1 - Ne prendre vraiment que l’essentiel quitte à laver ou reporter vos vêtements


2 - Prenez suffisamment de liquide pour ne pas en manquer


3 - Ne suivez pas les personnes qui marchent devant vous (cela nous a valu de belles montées de stress)


4 - Prévoir suffisamment de temps pour marcher à son rythme et profiter


5 - Prévoir une quantité d’eau suffisante même s’il faut la porter


6 - Avoir sa propre tente fait gagner en flexibilité


7 - Avoir un topoguide ou autre livre avec les informations sur le GR et les variantes avec soi


8 - Ne pas prendre au mot ce que les autres randonneurs vous disent


9 - Avoir de bonnes chaussures, c’est mieux en confort et en sécurité


10 - Le matelas mousse c’est cool et pas cher mais au bout de 3 nuits, tu as l’impression de dormir à même le sol (j'ai investi dans un gonflable pour la deuxième fois)


-> Ceci n'est pas un conseil mais une recommandation parce que c'est vraiment trop bien d'arriver au refuge et de s'offrir une petite bière bien fraiche après avoir monter sa tente.


Le GR20, c’est une aventure géniale pour les amoureux de randonnée. On se sent petit lorsqu’on se retrouve au milieu de nulle part. On est content de mériter les paysages qu’on découvre et on rencontre de belles personnes. Une portion, une moitié, en entier, dans tous les cas, ce sera génial ! L'avez-vous déjà fait ? Est-ce un projet ?


Marine